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 La vie d'un jour [end]

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Sangjin Némura
Nul ne peut bafouer l'empire romain ! Quand on l'attaque, l'empire contre-attaque!

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Date d'inscription : 22/02/2008

MessageSujet: La vie d'un jour [end]   Lun 25 Fév - 18:52

Je le mets dans composition car je n'ai trouvé aucune autre catégorie correspondante. C'est une nouvelle que j'ai écris il y a quelques années (2-3 ans). A l'époque, je jouais sur Poudlard magical, un ancien forum rp sur Harry Potter. Mon personnage et celui d'une amie ont vécu des choses extraordinaires pour dire que l'on était sur un simple forum et jamais je n'ai pu retrouver une telle profondeur dans les liens que nous avons tissé petit à petit. je vous laisse donc ces quelques mots. Il y a beaucoup de maladresses, pas mal de coquilles mais j'essaie de faire perdurer un âge perdu.

La Vie d’un Jour



Le soleil se levait toujours très tôt sur Uljin, vers cinq heures du matin. Ses rayons venaient troubler ce qui avait été endormi pendant une nuit douce et calme. Les oiseaux commençaient très tôt à gazouiller, les petits réclamant de la nourriture sous la contrainte de leur estomac tenaillé par la faim. Le doux bruit des vagues incessant rythmait la vie de ce petit village côtier. La population y était restreinte, pas plus d’une centaine d’habitants dont la plupart vivaient dans des conditions de vie moyenne, n’ayant pas eu la possibilité d’étudier.

Cependant, depuis quelques années, le village semblait renaître et voyait ces conditions de vie s’améliorer. Un pavillon, jusque là uniquement entretenu par une femme de ménage du village, accueillait depuis presque un an un couple, jeune, investissant énormément dans la modernisation de la petite ville. Ne demandant strictement rien à personne, ils étaient immensément appréciés par l’ensemble des habitants même si au départ, le scepticisme était très présent.

Alors qu’à leur arrivée certaines rumeurs prétendaient qu’ils étaient sorciers, ces dernières furent démenties quelques semaines plus tôt, quand la jeune femme qui était d’origine européenne, vit son état physique amoindri par une mystérieuse maladie. Le pavillon se situait en haut d’une petite colline, surplombant légèrement le village et ayant une vue magnifique de la mer. Sur la terrasse, tout en merisier verni, se trouvait un homme, asiatique, habillé de vêtements typiques de cette région. Il s’appuyait contre une rambarde finement ciselée, dans laquelle était gravés les onze Kanjis de Puissance. Les yeux perdus dans l’océan, il semblait égaré dans ses pensées.

- Dans sept jours…cela fera déjà une année…, pensait-il, immobile. Dans dix jours, notre rêve s’effacera pour une réalité tout autre. La vie est étrange. Mais qu’importe, tâchons de vivre selon ce que l’on avait décidé. C’est sa volonté.

Tout en se redressant lentement, il s’étira de son long. Le cercle de l’Astre suprême était alors visible dans son ensemble. Il fit demi-tour et se retrouva dans la cuisine où l’on pouvait humer l’odeur du café chaud mélangée à celle des toasts fraîchement grillés. Il prépara un plateau avec attention, puis le souleva délicatement et l’amena enfin jusqu’à la table basse du salon. Cette pièce ne contenait que quelques meubles, ainsi qu’une télévision sur laquelle s'était déposé un large filet de poussière grisonnant et un grand canapé. Sur ce dernier était allongée une jeune femme avec de longs cheveux qui portait un kimono d’origine japonaise aux couleurs sombres.

A son arrivée, l’homme fut accueilli par un sourire mince mais chaleureux. Mais celui-ci s’effaça rapidement pour laisser paraître quelques grimaces d’effort alors que la jeune femme peinait à se relever pour s’asseoir devant la table. Il la savait fière et ne voulant l’offusquer ou blesser son honneur, il la laissa seule, tout en veillant sur elle d’un œil aguerri.
- As-tu pu te reposer ? Demanda-t-il avec tendresse.
- Un petit peu … je me retournais sans cesse et ne voulant te réveiller, je me suis hisser, et c’est bien le mot, jusqu’au canapé. Mes os me font mal et ma tête semble être sur le point d’exploser. Mais malgré tout, j’ai pu fermer l’œil pendant presque cinq heures.
- Un record pour cette semaine, n’est-ce pas ? Lui répondit-il sans même sourire.
- Oui. Et pour une fois, j’ai le ventre creux …

Elle se tut un instant, observant le plateau confectionné par celui qu’elle aimait. En réalité, elle n’avait pas très faim mais ne voulant l’accabler d’avantage, elle se permit ce petit mensonge. L’air sombre, les yeux attristés, elle lui posa une question étrange :
- Tu … pourquoi es-tu ici, ne devrais-tu pas m’oublier, me sachant condamnée ? Nous sommes si jeunes, tu ne devrais pas perdre le temps si précieux de cette jeunesse. Je ne serais bientôt plus qu’un souvenir, à quoi bon continuer cette lente agonie ?
- Crois-tu que nous perdions notre temps ici ? Ensemble ? Les souvenirs, c’est cela justement en quoi je veux croire. Ici, à cet instant, nous vivons des moments qui nourrissent nos souvenirs, qui en crée car justement, dans deux semaines, il ne nous restera que cela l’un pour l’autre. Je ne veux pas m’entendre dire plus tard que je regrette le temps supplémentaire que j’aurai pu passer avec toi. Je veux me souvenir de nous comme ayant été ensemble jusqu’au bout de notre rêve … pas avant.
Il la regardait avec une résolution sans pareil. Elle se sentait comme la femme la plus aimée et chérissait cette sensation du plus profond de son être. Heureuse, elle se contenta d’acquiescer d’un petit signe de la tête avant de se préparer un toast, chose qu’elle n’avait plus fait depuis bien longtemps.

Le jeune homme débarrassa avec grande dextérité la table du salon. Rangeant soigneusement la vaisselle dans le lavabo, il pensait qu'il laverait la vaisselle plus tard, lorsque il aurait un moment de libre. Il retourna au salon pour aider la jeune femme à se relever. Celle-ci, ayant reprit des forces, grimaça beaucoup moins et sur ses deux jambes, fit quelques pas discrets.
- Merci, je devrais pouvoir me débrouiller toute seule à présent. Laisse moi aller dans la chambre, je vais prendre quelques affaires pour m'habiller.
Il ne dit rien, se contenta de sourire, et se dit que s'était un bon moment pour justement retourner à sa vaisselle. Il s’adonna donc à la tache avec un léger sourire aux lèvres. Elle avait un peu plus le moral que durant les derniers jours et il en était heureux. Peut être pourraient-ils sortirent aujourd'hui. Quelques minutes passèrent, le temps de ranger la cuisine. Il n'entendit plus aucun son et un malaise le troubla un instant. Il entra d'un pas rapide dans la chambre à coucher pour s'aperçut qu'elle avait disparu. Tentant de canalyser son anxiété, il chercha calmement dans chaque pièce de la maison pour se rendre compte qu'elle n'était décidément plus là. Il commençait réellement à s'inquiéter. Avaient-ils mal compter les jours? Est-ce que cela faisait déjà une année aujourd'hui? Cela était impossible, elle devait se trouver quelque part.
Il sortit de la maison et cria son prénom aussi fort que ses poumons le lui permettaient, déambulant dans les rues, espérant la trouver à chaque intersection. Le vent soufflait un peu plus intensément ce qui permettait de rafraîchir l'air, déjà chauffé par un soleil de plomb. Le bruit de la mer était toujours aussi présent et agréable, ce qui incita le jeune homme à jeter un coup d'oeil sur la plage, en contrebas, où il l'aperçut finalement, dans un voile bleu sombre regardant l'infini de l'eau s'étendre à ses pieds, battus par le va et vient de la marée. Il descendit en empruntant un petit escalier en ciment pour la rejoindre. Quand il posa le premier pied sur ce sable chaud il sentit ses chaussures qui s’y enfonçaient allègrement. Arrivé à son niveau, il se détendit lorsqu'il la vit, un sourire éclairant sur son visage, qui lui-même était baigné par la douce lueur des rayons du soleil. Sa pâleur s'était un peu amoindrie et il lui sembla qu'elle reprenait un peu de vigueur.

- Pendant un instant, commença-t-il, j'ai eu peur que tu ne m'ais déjà quitté. Mais apparemment, tu n'y es pas encore décidée.
- Non, mais je ne voulais pas que tu te fasses encore du soucis à mon égard. Tu m'aurais ménagé au maximum jusqu'à notre arrivée sur la plage et tu sais que je déteste cela, que tu tentes de combler mes handicaps. Je veux vivre avec et je ne souhaite pas m'y soustraire et comme tu peux le voir, je n'ai pas mis tant de temps que ça pour parvenir jusqu'à cet endroit merveilleux. Cela faisait plus de quinze jours que je n'avais pu contempler la mer et je dois dire que cela m'avait manqué. Le bruit des vagues, la senteur des algues et de l'iode, la fraîcheur de l'eau contrastant avec la chaleur brûlante du sable, tout ça me manquait tellement... Elle se tut un instant avant de recommencer. Je vais regretter tout cela ... Mais comme tu me l'as si bien fait remarqué tout à l'heure, ces moments survivront dans nos esprits grâce aux beaux souvenirs que nous aurons d'eux. Je suis désolé, d'être aussi égoïste par rapport à toi. Tu as raison sur tout. Sachons vivre ce qu'il nous reste à vivre, dignement et ensemble.
Elle le regarda tendrement. Il était visiblement ému de ce qu'elle lui avait dit. Il avait le regard perdu vers l'horizon mais elle discernait un scintillement dans ses yeux qui n'étaient pas anodin. Elle lui prit doucement la main et la serra aussi fort qu'elle le put, comme pour graver cette sensation dans son cœur. Le couple resta immobile pendant presque une heure, en silence, écoutant le bruit des vagues, et sachant pertinemment que ce genre de moment se ferait de plus en plus rare dans les jours qui viendraient et qu'il fallait continuer à profiter de l’instant présent.
La jeune fille interrompit cette scène, ses forces venant à lui manquer. Elle s'assit par terre, aidée de son conjoint, et réajusta sa robe pour être confortablement installée. Il se glissa sur le sol, les bras sur les genoux, afin d’être à sa hauteur.
- Veux-tu que j'aille nous chercher quelque chose à manger? Peut être que cela te ferait plaisir et ça nous changerait de notre sempiternelle table du salon, tu ne crois-pas?
- Oui, ce serait avec plaisir. Si cela ne te dérange pas, je resterais ici, j'aimerai continuer à regarder ce spectacle et de plus, je pense que je ne te serais pas d'une grande aide.
- Evidemment, restes ici, je reviens dans dix minutes. A tout à l'heure.
- A tout à l'heure, dit-elle en chuchotant.
Alors qu'il s'apprêtait à partir, elle retint à la jambe de son compagnon de sa main.
- Je t'aime ... je ne te le dis pas souvent et je le regrette. Mais je veux que tu saches que je t'aime depuis ce voyage que nous avons fait ensemble. Ce voyage où mon amour pour toi a éclot. Je t'aime de tout mon cœur. Ne me réponds pas, je ne souhaite pas d’effluves mais tout ce que je viens de te dire, grave-le dans ton esprit.
Par cette déclaration plus que surprenante, il fut stupéfait et resta immobile pendant un instant. Ne voulant pas qu’il ne réponde, l’homme se contenta d’incliner la tête avant d’arpenter le sable en sens inverse. Sur la digue, il se retourna pour voir la jeune femme restée sur ce bord de mer d’or, aussi magnifique qu’un rayon de soleil. Il remarqua les étendues de piments rouges que les personnes faisaient sécher au soleil. Il monta la pente douce de la route qui le menait directement à sa maison. Les gens le saluaient respectueusement et lui faisaient de même, ayant dans l’optique d’instaurer indirectement une hiérarchie. Il donnait beaucoup pour ce village, et à ses yeux c’était un peu comme nourrir et soigner sa famille, il trouvait dans cette activité une grande joie.
Il franchit le portail de sa demeure et prépara rapidement un panier, prenant tout ce qui se trouvait dans le frigo, pour ne pas perdre de temps. A peine cinq minutes plus tard, le sorcier était dehors, refermant le portail pour descendre. Il dévala la pente à pleine vitesse, manquant de tomber violement à plusieurs reprises et de renverser le panier. Arrivé sur la digue, il ne vit personne en contrebas sur la plage. Il posa les provisions à terre, et alors qu’il s’apprêtait à descendre, une main sur son épaule le stoppa dans son élan. Il se retourna et fut soulagé d’apercevoir la jeune femme, souriante, un plat rempli de crudités dans ses mains. Des tomates, quelques concombres, du radis blanc et de nombreux autres légumes ornaient le plateau qui dégageait une douce odeur d’huile de sésame, senteur si particulière de la Corée. Dévoilant un large et affectueux sourire, elle le rassura :
- Je suis désolé, Ji Hyun m’a interpellé et m’a invité quelques instants à entrer dans sa demeure. Elle voulait nous donner cela depuis un petit moment mais étant donné qu’elle ne nous voyait plus, elle pensait que nous étions partis. Elle a profité de ma venue pour me le donner. C’est gentil de sa part n’est-ce pas ? Ca nous fera un bon repas je pense.
- Oui, dit-il avec un certain soulagement, c’est vraiment une délicate attention de sa part. Dans tous les cas, ne t’excuse pas. Peut être suis-je trop anxieux ces derniers temps et je n’arrive plus à faire la part des choses. Mais cela n’a pas d’importance, descendons sur le sable et oublions cela.
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Sangjin Némura
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MessageSujet: Re: La vie d'un jour [end]   Lun 25 Fév - 18:52

Elle se contenta de sourire et le tira par le bras, l’entraînant doucement vers la plage. Descendant pour une seconde fois l’escalier, ils s’installèrent à l’ombre de la digue. Le repas fut un délice et les légumes frais étaient agréables et vraiment délicieux. Depuis déjà un certain temps n’avait-il plus vu la jeune femme sourire et prendre du plaisir pendant un si long moment. Après s’être suffisamment restaurés, ils se logèrent confortablement dans le sable pour s’y reposer et regarder tout simplement le merveilleux spectacle se déroulant inlassablement devant eux. En peu de temps, ils parvinrent tous deux à s’endormir. L’après-midi s’écoula en un clin d’œil alors que la fatigue prenait le pas sur eux. Au réveil, il fut étonné de voir le soleil qui plongeait déjà derrière les collines pour laisser place à la soirée. Mais tout cela disparut aussi vite qu’un éclair dans son esprit, alors qu’il constatait avec impuissance que la jeune femme demeurait inerte, sans mouvement ni réaction.
Paniqué pendant un instant, il garda son calme et la prit dans ses bras, laissant à l’abandon leurs affaires, n’ayant aucune importance à cet instant là. Il la porta et remonta jusqu’à leur demeure où il la déposa doucement sur le lit. Elle était trempée de sueur, prise parfois de convulsions qui semblaient ne jamais s’arrêter. Il était inquiet mais savait pertinemment que son état ne ferait qu’empirer et que quoiqu’il advienne, sa mort subviendrait bien assez tôt.
Durant six jour, il fut à son chevet, prenant garde à ce qu’elle ne se déshydrate pas et qu’elle puisse récupérer au plus vite. Il ne ferma quasiment pas l’œil durant toute cette période, trop anxieux à l’instant où elle allait revenir à la réalité. Tant de temps qui s'envolait sans qu'ils ne puissent partager la moindre chose. Il ruminait de savoir ce qu'ils manquaient et maudissait la terre entière. Ils n'avaient eu le droit qu'à une année... et pourtant, il aurait tant voulu plus. Parfois, on peut se dire qu'une année, trois cents soixante cinq jours, peuvent être remplis par énormément d'expériences et de souvenirs. Mais au terme de ce temps, on s'aperçoit également que l'on ne peut faire que peu de choses et que tout s'envole aussi vite qu'un oiseau dans le ciel. Dehors, tout semblait sombre et dénaturé au travers du regard du jeune homme. Rien n'était plus comme avant et les couleurs vives de son pays d'origine ne sucitait rien en lui si ce n'était du chagrin, de la peine et du désespoir. L'épreuve qu'ils passaient tous les deux étaient celles de leur vie, celle qui allait sceller leur destin commun, qui donnera une finalité à ce qu'ils auront vécu ensemble. Il émit un mince sourire, se rappellant de leur rencontre, de leur premier baiser, de tout ce qui avait fait d'eux un couple, aussi peu orthodoxe soit-il. Ce sourire s'effaça aussitôt, revenant à la dure réalité de ce qu'ils vivaient en ce moment.
Il n'acceptait plus cela. Il se demandait ce que tout cela signifiait, s'il y avait une utilité, une raison quelconque à ce qu'ils soient séparés. Est-ce qu'ils étaient si mauvais pour ne pas leur permettre de vivre un peu de bonheur? Enserrant la rambarde en bois, il eut tôt fait de faire craquer le matériaux pourtant si résistant. Il hurla sa colère et son désarroi, il cria à ceux qui étaient au-dessus d'eux, ceux qui décidaient à leur place. Puis des larmes vinrent à ces yeux, éprouvant ce sentiment d'abandon qui serait bientôt permanent et bien réel. Comme dans un étau, il se sentit enserré par cette solitude si intense et si froide. Mais de nouveau, il eut cette peur qu'il ne soit déjà trop tard. Mais tout cela se dissipa, ses doutes, ses questions, sa colère, tout disparut lorsqu'il l'entendit :
– Ou es-tu ? j’ai peur, j’ai froid, l’obscurité m’entoure … Où es-tu? OU ES-TU?
Il accourut dans la chambre et s'approcha doucement d'elle. Elle se blottit contre son corps. Elle était froide, aussi froide que la mort. Elle pleurait à chaudes larmes, mortifiée par cette horrible sensation de mort qui se rapprochait inexorablement d'elle. Il lui caressa doucement le corps et les cheveux afin qu'elle se détende un peu. Elle ne bougeait plus, comme paralysée par ce qu'il se passait, par ce qu'elle vivait.
– Je ... Je suis aveugle ... tout cela gagne mon corps, sans cesse plus loin. J'ai froid, j'ai si froid, dit-elle d'une petite voix fluette, tremblante. Pourquoi faille-t-il que cela nous arrive à nous? Je ne veux pas m'en aller, je veux rester près de toi, vieillir près de toi, avoir des enfants, souffrir, sourire... Je ne veux pas mourir. Je t'aime, je t'aime de tout mon coeur... Peut être est-ce pour cela, peut être est-ce trop beau... Combien de jours suis-je restée dans ce lit?
– Six jours ... chuchota-t-il. Six jours ... et vingt deux heures ...
– Deux heures ... il ne nous reste que deux heures ... deux heures ...
Sa vie filait comme une étoile alors qu'elle ne s'en rendait compte. Mais elle se calma. Elle redevint sereine et ses tremblements s'estompèrent. Ne sachant pourquoi tout cela se passait ainsi, elle fut alors remplie d'une sérénité surprenante qui dépassait l'entendement. Alors qu'il y a quelques secondes, elle pleurait sur son sort, à présent, elle vit quelque chose, une lumière en son coeur qui l'apaisa. Cherchant les lèvres de son aimé, elle finit par les trouver, chaudes, réconfortantes, capable de dissiper tous les doutes et les craintes de son coeur. Elle mit ses bras autour de son cou et sa tête contre son épaule. Elle parla distinctement, d'une voix calme et raisonnable :
– Je ne veux pas partir ici, emmène moi sur la place, s'il te plaît... Je ne veux pas mourir dans un lit, comme une malade, je veux partir digne, dans un paysage infini, près de toi.
Il ne dit rien, se contenta d'exécuter les dernières volontés de la jeune femme, comme espérant que cela change quelque chose, qu'une bonne conduite puisse change l'inéluctable. La soulevant délicatement, il sortit avec elle dans les bras, vers le lieu de leurs derniers instants. Il descendit avec attention la pente douce les menant jusqu'au promontoire et franchit les petits escaliers jusqu'à marcher dans le sable, encore chaud par la journée qui venait de s'écouler. La lune et les étoiles illuminaient le ciel et se reflétaient sur la mer, ondulant sans cesse, apportant un vent qui fit battre les cheveux de la jeune fille selon son gré. Dans les bras l'un de l'autre, ils profitaient simplement de ce simple contact, apportant montagne de souvenirs et d'instants heureux. Ils ne demandaient rien de plus, seulement être ici ensembler, comme deux personnes s'aimant. Mais il ne pouvait la laisser partir en silence. Reculant le visage afin de contempler le sien, il la contempla longuement, comme pour l'immortaliser à jamais dans son esprit. D'une voix sereine et sans hésitation, elle lui parla, peut être pour la dernière fois :
- Je ne veux pas que tu me vois m'en aller. Depuis le jour de notre rencontre dans ce lieu si incongru, je n'ais eu de cesse à avoir de douces pensées à ton égard. Tu vas me manquer, comme tous ces moments que nous avons passé ensemble. Toi comme moi, nous partons vers un monde inconnu, un monde sans l'un et l'autre. Tout ceci est effrayant et j'ai peur de me retrouver seule, démunie mais je sais que quoiqu'il arrive, où que je sois, j'ai ces souvenirs que nous avons bâti ensemble, tous ces moments chaleureux que nous avons partagé et c'est cela qui me fait croire en un monde meilleur. Avant de te connaître, j'étais dans un monde d'obscurité, d'effroi, où rien ne semblait éclairer le chemin que je parcourai, aveugle de mes sens et de ma conscience. Mais tu es arrivé dans ma vie et depuis ce jour, tu n'as eu de cesse de me rendre heureuse et consciente que ce monde, cette vie, cette existence valent le fait d'être vécus. Où que je sois, où que tu sois, nous serons éternellement liés par ce passé si merveilleux que nous avons vécus conjointement. Certains disent qu'il faille faire une croix sur le passé afin d'avancer. Je crois à présent que le passé nous aide à avancer et que sans lui, je ne pourrai avancer en ce moment même. Je t'aime, mon amour, celui que mon être a désiré et chéri. Je t'aime, toi qui m'a rempli de joie et effaçé mon amertume et mes doutes. Mon âme, mon esprit et mon coeur vivront chaque jour dans nos souvenirs et où que tu sois, ils t'accompagneront pour que jamais tu ne sois seul. A présent, mes paroles, ma voix vont te quitter pour toujours. Mais ma présence demeuera jusqu'à l'apogée de cette nuit. Au revoir ...
Elle se déposa d'elle-même sur le sable et après avoir apposé un dernier baiser sur ses lèvres, elle se mit derrière son dos, afin que rien d'elle ne soit visible à ses yeux et que seuls leurs corps leur signifient leur existence. Il était dos à l’océan. Elle était blottie contre lui, profitant des derniers instants de son existence, qu’elle considérait alors comme remplie de souffrance mais illuminée par beaucoup de bonheur. Elle ne regrettait rien, et s’en allait avec la seule tristesse de le laisser seul. Il était heureux d’être avec elle en ces derniers temps. Il retenait ses larmes pour ne pas l’attrister et être un soutien pour elle.

Il sentait ses mains dans les siennes, froides, mais d’une douceur exquise qui caressait les siennes d’une façon tendre et légère.
Il sentait son souffle contre son cou, glacé, mais lui chuchotant des mots d’amour et de réconfort pour qu’il prenne courage.
Il sentait ses longs cheveux qui lui chatouillaient les bras et ondulaient suivant le vent. Ils les enveloppaient dans un manteau soyeux.
Il sentait son corps, de glace, qui épousait le contour du sien, pour tenter d’y capter un peu de sa chaleur. Ses tremblements le faisaient frémir et il aurait aimé la prendre dans ses bras.

Il ne sentit plus rien. Le vide la remplaçait. Cela faisait une année. Elle était partit…

Se retournant, il entendit un bruit cristallin qui fit écho dans son esprit durant quelques secondes. Elle n’était plus là et sa disparition laissa apparaître un flot de larmes s’écoulant le long du visage désespéré du jeune homme. Cela faisait deux semaines qu’il les retenait et cette fois-là, il devait les libérer comme il la laisse partir. Regardant l’océan et le ciel, tous deux d’encre noire, il ressentit une solitude qui lui enserra le cœur. Mais c’est alors que tous les souvenirs de bonheur qu’il vécut avec elle fit leur apparition dans son esprit. Durant un long moment, au gré du bruit des vagues, il fut bercé par toutes ces petites choses qu’il avait gardé en mémoire et qu’il chérissait plus que tout. Un petit sourire fit dévier les larmes et il contempla la myriade d’étoiles au-dessus de lui, se demandant si elle était devenue l’une d’entre elles. Cette idée lui plaisant, il quitta la place, remontant jusqu’à chez lui. Les larmes avaient cessé.

Rangeant soigneusement ses affaires, il prit un temps tout particulier à ranger celles de son aimée. Il visita chacune des pièces du pavillon, revivant chacun des moments passés avec elle. Il referma ensuite la porte, puis le portail de sa demeure, faisant une croix sur le passé. Arrivé sur la digue, il déposa le plat devant la porte de Ji-Hyun. Il descendit les petits escaliers jusqu’à la plage. Il attendit un magnifique levé de soleil et lorsque celui-ci fut entièrement visible, le jeune homme avait disparu.

Epilogue :

Dans la vie, trop souvent nous oublions à quel point celle-ci peut être courte ou s’écourter soudainement. Trop souvent, nous nous complaisons dans notre égoïsme et dans cette volonté immature de vivre au jour le jour.
En mémoire aux personnes qui meurent alors qu’elles désiraient vivre. En mémoire à celles dont la vie n’est que souffrance et labeur dans une survie incertaine. Sachons vivre les moments que nous passons avec ceux que l’on aime d’une manière juste et pleine pour qu’aucun ne regrette le temps passé qui est déjà trop tard à rattraper.
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